Chirurgien
Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique

Docteur Pierre NAHON

LES GRANDES QUESTIONS : L'ARGENT

La médecine esthétique c'est mieux

A côté de la chirurgie proprement dite, une batterie de techniques non chirurgicales a vu le jour pour traiter des disgrâces esthétiques moins lourdes, comme les rides ou l'affaissement débutant du visage. Elles sont réalisées majoritairement par des médecins, d'où cette appellation de médecine esthétique.

Elle est particulièrement connue pour le traitement des rides. Le médecin infiltre sous la ride différents produits, pour la faire remonter et ainsi l'estomper. Ces substances, de plus en plus nombreuses, sont pour la plupart résorbables. Elles disparaissent au bout de quelques semaines, voire quelques mois. Certains produits sont permanents, et ne se dégradent pas avec le temps. On parle aussi de volumateurs capables, par des injections plus conséquentes, de redonner volume aux joues, pommettes, menton, lèvres...

L'utilisation de la toxine botulique remonte à plusieurs décennies pour le traitement des contractures musculaires du cou ou de la face. Cette toxine paralyse le muscle, induit donc son relâchement, et par là le dépolissement de la peau qui adhère dessus. Par cette action, les rides s'estompent comme par enchantement. L'effet dure quelques mois, mais le muscle atteint ne bouge plus tant que le produit est actif.

Les injections de graisse prélevée sur le patient viennent elles aussi combler un manque, mais cette fois-ci en se servant de ses tissus. Intellectuellement séduisante, cette technique est cependant très discutable. La graisse injectée se résorbe jusqu'à 80 %, et les 20 % restant se transforment parfois à la longue en nodules, responsables d'irrégularités visibles.

Les procédés de lissage de la peau par laser, lumière puisée, peelings* chimiques, détruisent la couche superficielle de l'épiderme, et enlèvent en même temps les rides qui s'y trouvent. Des fils suspenseurs sont glissés sous la peau pour remailler (fils d'or) ou remettre en tension (fils crantés en nylon ou résorbables) la peau. Enfin, régulièrement, des appareils miracles sont supposés faire fondre les graisses.

Chaque technique a ses avantages et ses inconvénients. Toutes sont capables de rendre service pour certaines situations précises, mais toutes peuvent être parfaitement illusoires si elles sont mal employées. Aucune n'est, en outre, totalement dénuée de risques.

La cible marketing pour ces produits est beaucoup plus large, et la stratégie mieux pensée qu'en chirurgie esthétique. Elle s'inspire de celle des cosmétiques. Certes, ces techniques médicales sont plus efficaces qu'une crème, mais elles restent très limitées. L'ensemble est tout aussi psychologiquement ingénieux. Rapides et réalisées au cabinet médical, souvent sans anesthésie et sans véritables suites, elles procurent un résultat immédiat parfois spectaculaire, au point d'entraîner une satisfaction intense, même s'il persiste peu, voire très peu dans le temps. Il doit durer cependant au mieux, le temps nécessaire et suffisant pour que le patient « digère » sa dépense (500 euros en moyenne). La joie ressentie ne sera pas entachée, le plus souvent, par les effets secondaires négatifs, et restera en mémoire comme une expérience positive. Elle déclenchera alors la demande de renouvellement, au grand bonheur des laboratoires, dont les bénéfices sont, à ce titre, impressionnants : les ventes de Botox ont doublé en 4 ans.

La grande polémique est qu'à ce jour, seuls les chirurgiens plasticiens sont légalement habilités à pratiquer l'ensemble de ces procédures. La médecine esthétique, bien qu'organisée en collège, association ou syndicats, avec un enseignement dispensé, n'est pas une spécialité médicale reconnue à ce jour. Cette absence de reconnaissance sans définition de règles d'exercice expose à toutes les dérives.

La dérive est particulièrement commerciale, puisque le discours actuel laisse penser que cette médecine pourrait remplacer la chirurgie esthétique. Que ces différentes méthodes apporteraient des résultats comparables à ceux de la chirurgie esthétique, sans en avoir les inconvénients. La vente de cette technique profite le plus souvent de la peur du bistouri que l'on brandit d'une main, alors que de l'autre, on vante les qualités rassurantes de celle-là.

Or la médecine esthétique ne saurait, en aucun cas, remplacer la chirurgie, et ne procure pas non plus de résultats équivalents. Toutes ces pratiques, extrêmement simples à mettre en œuvre, ne nécessitent aucune compétence particulière. Cette facilité a même fait qu'au début, elles étaient confiées aux assistantes des chirurgiens, parce que ces derniers ne trouvaient aucun plaisir à les faire eux-mêmes ! Aujourd'hui, certains médecins s'y intéressent et les utilisent car elles sont lucratives, sans véritable risque, sans responsabilité réelle de l'acte puisque le produit et donc le résultat, quel qu'il soit, sont voués à disparaître.

On peut cependant critiquer le bien-fondé de leurs modes d'action. Les substances injectées redonnent du volume sur un visage dont la peau s'est distendue. Elles augmentent la masse du tissu sous-cutané pour avoir un effet de remise en tension de la peau. Il se trouve alors, comme on le constate régulièrement, que les patients ayant recours à ces injections régulières et massives finissent par être bouffis et méconnaissables. Ce résultat, parfaitement inesthétique, ne saurait être comparé à celui obtenu après un lifting bien fait, lequel supprime l'excédent cutané, et redonne au visage l'aspect qu'il avait 20 ans auparavant.

Au total, dans l'état actuel des choses, la médecine esthétique est intéressante chez les patientes trop jeunes pour subir une intervention chirurgicale. Grâce à des injections réalisées au bon endroit et de façon modérée, on corrigera les premiers signes de distension cutanée. Mais il est aberrant de vouloir systématiquement appliquer à tous et tout le temps la même méthode, et de faire croire qu'elle est efficace. La médecine et la chirurgie sont faites d'indications précises, et vouloir appliquer à tous une pratique identique n'est qu'une attitude commerciale et partisane.



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