Docteur Pierre NAHON
La plupart des praticiens qui exercent dans ces pays n'ont pas reçu une formation complète spécialisée dans leur pays d'origine. Ils sont venus, quand ils le pouvaient, la chercher principalement en France, en obtenant des postes de résidents étrangers. Ils se trouvent alors dans des services à côté d'internes et de chefs de clinique titulaires qui, eux aussi, ont besoin d'apprendre. Sachant que la formation en chirurgie esthétique devient, pour les titulaires français, de plus en plus difficile d'accès par manque de services formateurs, les étrangers se trouvent alors relégués au rang de simples observateurs.
En outre, il existait plus de services de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique il y a 20 ans qu'aujourd'hui. Nombre d'entre eux ont été fermés car ils faisaient plus de chirurgie esthétique que de chirurgie plastique. Les autorités ont alors considéré qu'ils ne remplissaient plus leur rôle de service public. Le nombre d'internes candidats à la chirurgie plastique ne cesse aujourd'hui d'augmenter, mais ils reçoivent une formation largement retardée par rapport à ceux formés il y a 20 ans. Ces derniers en effet opéraient beaucoup, dès leur première ou deuxième année d'internat. Ils faisaient même les interventions seuls, sans l'aide de leurs aînés. Aujourd'hui, les internes opèrent très peu, et les chefs de clinique le font encore avec l'aide des agrégés. C'est dire si la formation pratique des chirurgiens est plus courte, car elle démarre beaucoup plus tard. Par conséquent, les résidants étrangers ne reçoivent au final qu'un enseignement purement théorique, et c'est dans leur propre pays, quand ils y retournent, qu'ils passent à la pratique. Dans tous les cas, les accords entre universités restent, de toute façon, limités dans le temps.
La qualité des interventions de chirurgie esthétique en Tunisie, au Maroc, ou dans de nombreux pays émergents, est, par conséquent, le plus souvent médiocre. Tout est basé essentiellement, il faut bien le dire, sur une affaire de tarif, pas forcément moins important d'ailleurs que celui de certains praticiens français, mais la qualité du service correspond très précisément au prix que déboursent les patients. Non seulement les résultats sont moins bons, mais le risque de présenter des complications postopératoires est plus important. Il faut savoir que la possibilité de développer un hématome, une infection postopératoire ou une nécrose tissulaire au niveau des seins, de l'abdomen ou du visage dépend en grande partie de la qualité des gestes de l'opérateur. Plus le chirurgien aura de l'expérience, mieux l'intervention sera faite, moins elle sera longue ; plus le praticien s'appliquera à faire une hémostase rigoureuse, connaîtra exactement les capacités et les possibilités de traction de la peau, et plus le risque de faire une complication* opératoire sera faible. La compétence limite au mieux les ennuis opératoires et postopératoires, étroitement liés aux mains du chirurgien. Il faut donc bien comprendre que si la compétence dépend de la formation des praticiens, celle dont bénéficient les étudiants de ces pays est encore moins bonne que celle des moins bien formés en France.
Il vaut mieux, par conséquent, se faire opérer en France par des chirurgiens peu formés qu'en Tunisie et au Maroc par des individus qui le sont encore moins. Les complications survenant en France pourront être prises en charge par des chirurgiens compétents, dans des services ad hoc, alors que ces mêmes problèmes, dans un pays émergent, auront de fortes chances de dégénérer.
La responsabilité médicale professionnelle n'est d'autre part absolument pas comparable. Dans ces pays, les praticiens n'y sont quasiment pas soumis, ils n'ont aucune obligation à respecter, et ne sont jamais poursuivis ou mis en cause pour les actes qu'ils effectuent. La relation médecin/patient ne ressemble en rien à celle en vigueur en France. La plupart des patients de notre pays ont conscience que la justice française les protège contre le défaut d'information et la faute professionnelle. Il n'en est absolument pas de même de la justice des pays dans lesquels ils vont se faire opérer. Les patients doivent donc bien savoir qu'ils n'auront certainement aucun recours en cas de problème, quel qu'il soit.
Enfin, il ne faut pas penser qu'une intervention de chirurgie esthétique sera l'occasion d'un voyage pour découvrir ces pays. S'ils sont des destinations de rêve pour le soleil, la gastronomie, la gentillesse et l'accueil des habitants, ils ne le sont pas encore pour les services médicaux, et encore moins pour ceux de la chirurgie esthétique. Il est fortement conseillé d'utiliser son argent pour profiter de la beauté de ces régions, plutôt que d'essayer d'y réaliser des économies sur une opération chirurgicale.