Docteur Pierre NAHON
En réalité, il convient de définir la priorité de la dépense. Les patients véritablement désireux d'une intervention de chirurgie esthétique paieront le prix du chirurgien en qui ils ont confiance. Les coûts sont évidemment variables en fonction des différents praticiens, mais si on s'adresse à de véritables spécialistes de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique, les prix sont sensiblement les mêmes. Le tarif d'une intervention chirurgicale correspond à l'ensemble des prestations effectuées par une personne donnée. Il est parfaitement normal qu'un chirurgien d'une compétence irréprochable, s'il s'occupe personnellement de ses patients, affiche une disponibilité de tous les instants, et procure un résultat parfaitement conforme aux promesses préopératoires, soit « plus cher » qu'un non-chirurgien à la compétence limitée, déléguant une grande partie de sa prestation à des auxiliaires, difficile soudainement à joindre en postopératoire, surtout quand le résultat diffère des promesses préopératoires.
Tout miser sur le prix d'une intervention est, de-toute façon, une grossière erreur. Téléphoner à différents praticiens et leur poser seulement la question : « Combien, docteur, pour une augmentation mammaire ? », c'est faire le chemin à l'envers. Le prix d'une intervention ne vient qu'en explication finale de la prestation à effectuer. Choisir son chirurgien sur cette seule base n'est pas une bonne solution. Si on souhaite comparer les tarifs des différents praticiens, il faut se rendre à leur consultation, pour observer leurs différentes méthodes de travail. Chaque patient présente un problème unique, et ceci impose une consultation en face-à-face, pour décider comment et par qui on souhaite se faire opérer. Le plus souvent d'ailleurs, l'annonce d'un prix par téléphone n'est jamais respectée, et ne correspond qu'à un moyen de faire venir les patients dans le cabinet. Donner des consultations gratuites, en le faisant savoir par de la publicité, est aussi une méthode commerciale de captation de clients.
La négociation du prix d'une intervention de chirurgie esthétique ou tout autre procédé commercial n'est pas plus logique. La chirurgie n'est pas un commerce, rien ne se décide sur le prix, mais quand il est fixé par le chirurgien, il n'est pas non plus normal qu'une négociation tente de le faire baisser. C'est encore un signe que la place de l'argent est trop importante dans la relation. Le chirurgien, s'il accepte un rabais, aura très certainement tendance aussi diminuer sa prestation. Lorsqu'on estime que soi travail vaut un certain prix, comment accepter d le faire pour un tarif inférieur ! C'est en réalité demander au praticien d'accepter une dévalorisation Enfin, méfions-nous des endroits où s'affiche un faste démesuré. Là encore, la prestation est souvent bien loin de ce luxe annoncé.
En définitive, une intervention de chirurgie esthétique, si elle apporte un résultat satisfaisant et règle un problème, ne sera jamais trop cher payée. Par contre, débourser le prix: qu'on croyait pouvoir y consacrer pour obtenir un résultat décevant est souvent considéré comme une catastrophe. L'échec, en chirurgie esthétique, renforce la demande de réparation, et le patient se fera opérer à nouveau. Dans le meilleur des cas, il tombera cette fois sur un bon chirurgien, mais il aura payé deux fois pour la même intervention...
Quant à la question de sa prise en charge par Sécurité sociale, la chirurgie esthétique proprement dite, en tant que demande de modification corporelle uniquement dictée par un motif psychologique n'est pas remboursée. Seule la chirurgie plastique peut l'être, pour certaines interventions codifiées à la nomenclature dudit organisme.
Il s'agit par exemple de l'hypertrophie mammaire à condition que la réduction du tissu mammaire atteigne ou dépasse 350 g par sein. D'autres actes sont codifiés par la nomenclature de la Sécurité sociale, mais tous corrigent des déformations responsables d'un trouble fonctionnel, ou résultats d'un traumatisme ou d'une maladie. Par exemple, la déformation nasale, consécutive à une déviation de la cloison du nez qui, elle-même, entraîne une obstruction des fosses nasales, et donc une difficulté à respirer correctement, peut être prise en charge. Dans le cas d'un traumatisme entraînant une fracture du nez, la rhinoplastie post-traumatique le sera également.
Le chirurgien a légalement la possibilité, dans tous ces cas, de demander des honoraires supplémentaires par rapport à la prestation sociale. Ces dépassements sont parfois pris en charge par une mutuelle complémentaire.
Si un praticien considère qu'une intervention de chirurgie esthétique mérite, à cause de circonstances particulières, de bénéficier d'une prise en charge, il soumettra à la Sécurité sociale une demande d'entente préalable. Il motive sa demande en expliquant les raisons et la nature de l'acte qu'il souhaite effectuer. Le médecin conseil examine cette requête, convoque au besoin le patient, et donne un avis favorable ou pas. La tendance actuelle est nettement orientée vers le refus.
Toutes les autres prises en charge par la Sécurité sociale d'interventions de chirurgie esthétique sont, en général, des abus. Dans ces situations, le praticien fait passer l'opération comme relevant de la maladie. Il fait une fausse cotation, pour un faux motif. Ce peut être pour plusieurs raisons. Si le patient n'est pas au courant, il facture ainsi deux fois son acte : une fois au patient en lui disant qu'il s'agit de chirurgie esthétique, la seconde à la Sécurité sociale, en affirmant qu'il relève de chirurgie plastique. Le plus souvent dans ces situations, praticien et patient sont malheureusement complices. Les deux protagonistes s'entendent pour que le coût de l'intervention soit supporté le plus possible par la Sécurité sociale et les mutuelles. Ceci aide le spécialiste à convaincre bien plus facilement le patient de se faire opérer, surtout quand tout se décide sur le prix. En réalité, il s'arrange même pour que le patient n'ait rien à débourser de sa poche.
Personne n'a intérêt à rechercher cette fraude en complicité avec le médecin car en cas de contrôle, il faut rembourser les sommes versées par les organismes sociaux. En outre, en se rendant complices d'une escroquerie, les patients seront contraints d'accepter un éventuel mauvais résultat. Difficile de venir se plaindre ensuite, après s'être volontairement mis dans cette situation irrégulière.
Les actes de chirurgie esthétique pure tels que lifting, augmentation mammaire, rhinoplastie, blépharoplastie, lipoaspiration, ne sont en aucun cas pris en charge par la Sécurité sociale. Les fraudes se font le plus souvent sur les plastics mammaires ou abdominales, et les rhinoplasties dites post-traumatiques. Les patients savent pourtant le plus souvent faire eux-mêmes cette différence entre chirurgie de confort et chirurgie fonctionnelle. Ils se rendent bien compte que rien ne vaut un contrat clair et sans faille dans la relation médecin/patient, pour le bon déroulement de leur intervention.
Et pourtant, certains pensent sincèrement que la chirurgie esthétique devrait être remboursée par la Sécurité sociale, compte tenu de l'importance des cotisations qu'ils versent à cet organisme. Ils sont donc tout à fait prêts à être non seulement complices mais aussi demandeurs. Ils se déculpabilisent de cette fraude en expliquant qu'ils paient des cotisations importantes et qu'ils ne sont jamais malades. Ils pensent donc que la prise en charge de l'intervention n'est qu'un juste retour des cotisations obligatoires qu'ils doivent débourser tous les mois !