Chirurgien
Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique

Docteur Pierre NAHON

LES GRANDES QUESTIONS : LES CHIRURGIENS ESTHETIQUES

Leurs compétences

Non classée, à son apparition, dans les spécialités chirurgicales officielles, la chirurgie esthétique a longtemps été pratiquée sans que le praticien n'ait à justifier obligatoirement la formation de chirurgien. L'analyse des demandes, la qualité des résultats et la notion de paiement se sont vite éloignées des idées de prudence de départ. La demande a été largement encouragée, s'inscrivant dans le cadre d'un phénomène de société et de profit. Devant l'ampleur du mouvement, le conseil de l'ordre des médecins, l'Académie de médecine et le ministère de la Santé ont officiellement inclus, en 1989, la chirurgie esthétique dans la qualification de chirurgie plastique reconstructrice, devenue chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique.

Cette spécification était officiellement l'aboutissement d'une formation précise, enseignée à l'hôpital, sanctionnée par des examens, avec reconnaissance de compétence par le Conseil national de l'ordre des médecins. La chirurgie esthétique est donc, en France, depuis 1989, une discipline officielle. Mais après cette date, de nombreux praticiens sans qualification chirurgicale ont continué leurs activités. Plus de 4 000 réalisaient des actes de chirurgie esthétique alors que moins de 500 en détenaient la qualification. La situation a même empiré entre 1993 et 2003, avec le développement massif de la publicité pour des cliniques exclusivement dédiées à la chirurgie esthétique. Pour vendre à tous beauté et jeunesse, la chirurgie esthétique a vraiment basculé dans le commerce.

Face à cette déferlante, et voyant cette discipline évoluer de manière désastreuse, en mars 1996 pour la première fois, un chirurgien plasticien affirmait publiquement la nécessité d'établir un accord écrit avant toute intervention de chirurgie esthétique ( Vaincre la chirurgie inesthétique, 1996). L'ARM ou « accord de reconnaissance mutuelle » comprenait l'ensemble des informations qu'un patient devait connaître sur le chirurgien et l'intervention. L'ARM introduisait deux notions très inhabituelles en médecine : l'information écrite préalable et la définition d'un résultat, donc la reconnaissance d'une certaine obligation de résultat, dans une véritable relation contractuelle.

Très vite, le 1" janvier 1997, un arrêté est publié sous le nom de « devis concernant un acte médico-chirurgical à visée esthétique ». Il rend obligatoire l'établissement d'un devis avant les interventions de chirurgie esthétique, avec mention de certaines informations concernant le praticien. Le 25 février 1997, un arrêt de la cour de cassation juge que « celui qui est légalement ou contractuellement tenu d'une obligation particulière d'information doit rapporter la preuve de l'exécution de cette obligation ». C'est un véritable bouleversement dans les rapports entre médecins et patients. La charge de la preuve est renversée. Le médecin doit prouver tout ce qu'il a dit au patient avant son intervention. Cette preuve a tout intérêt, selon les magistrats, à être consignée dans un document écrit, signé et approuvé par le patient. Qu'on l'appelle ARM, consentement éclairé, contrat ou qu'elle n'ait pas d'intitulé, l'information et la preuve de cette information sont maintenant obligatoires. La loi du 4 mars 2002 sur la modernisation du système de santé réglemente enfin les cliniques de chirurgie esthétique, et renforce encore les devoirs des praticiens. Elle interdit la publicité, rend incontournable l'instauration du devis* et la délivrance de l'information dans le but du consentement éclairé.

On peut donc dire qu'il a fallu à peu près 30 ans pour que la chirurgie esthétique s'exerce dans un cadre réglementaire. Tous les problèmes ne sont pas pour autant réglés. Cliniques et praticiens ne se privent pas de faire de la publicité, notamment sur Internet, sans être inquiétés. En outre, l'information est loin d'être délivrée complètement. De nombreux praticiens non qualifiés continuent d'exercer. Néanmoins, tous ces contrevenants à la loi sont désormais passibles de poursuites et de sévères condamnations.

Reste une aberration de taille dans la délivrance de la qualification de chirurgie plastique reconstructrice esthétique. En effet, le conseil de l'ordre des médecins l'accorde à des praticiens non chirurgiens. Ces derniers suivent des cursus de spécialités dès le départ de leur formation. Ils se forment principalement en oto-rhino-laryngologie, en stomatologie, en chirurgie maxillo-faciale, en ophtalmologie, voire même en dermatologie, et acquièrent une compétence parallèle de chirurgie plastique. Ils peuvent ensuite être qualifiés théoriquement dans leur spécialité d'origine pour la chirurgie plastique, mais ne sont autorisés à pratiquer des actes de chirurgie esthétique que dans le cadre de cette spécialité. Un O.R.L., par exemple, pourra faire des rhinoplasties esthétiques. Or ces différents praticiens ont aussi la possibilité de faire disparaître leur spécialité d'origine, et de se présenter alors comme de « véritables chirurgiens plasticiens ».

Il se trouve cependant qu'il y a une différence de taille entre la formation complète de chirurgien et ces formations partielles. L'apprentissage de la chirurgie générale est indispensable pour le bon exercice de la chirurgie esthétique. Le meilleur cursus est bien sans nul doute d'avoir appris toute la chirurgie avant de se spécialiser en chirurgie plastique et esthétique. On sait ainsi intervenir sur toutes les régions et tous les tissus du corps humain. La spécialisation de chirurgie plastique et esthétique s'effectue elle aussi, ensuite, pour la totalité du corps. Enfin, la formation chirurgicale, au-delà de son aspect technique, inculque une discipline morale. L'école de chirurgie, par sa difficulté, est une véritable éducation scientifique et humaine. Les valeurs enseignées sont le respect du malade, du corps humain, les notions de responsabilité, de devoir et de courage. Cette formation constitue la sécurité des patients. Cette formation à la chirurgie générale avant sa spécialisation a malhereuseument disparu. Les plasticiens actuels ne sont plus qualifiés en chirurgie générale et ne connaissent donc pas la chirurgie. Leur formation est limitée à la chirurgie plastique et ils sont souvent en difficulté sur bon nombre d’interventions. Il est important et parfaitement légitime de bien connaître le parcours du praticien à qui l'on fait face. Il n'y a aucune honte ni crainte à lui demander de voir ce cursus noir sur blanc. Les bons assureurs refusent d'ailleurs aujourd'hui d'assurer les praticiens dénués de la qualification de chirurgie générale en même temps que celle de chirurgie plastique et esthétique.

Enfin, paradoxalement, les services formateurs en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique sont moins nombreux qu'il y a 20 ans, alors que le nombre de postulants est en constante augmentation. La qualité de la formation est donc moins bonne. Au total, tous les chirurgiens ne reçoivent pas le même enseignement, présentent donc des compétences différentes, et quelquefois, afin de détourner leurs patients de ce manque de connaissance, tentent de faire croire qu'ils sont spécialisés dans une petite partie de la chirurgie esthétique, comme les paupières ou le nez. En réalité, ce sont bien souvent les seules interventions qu'ils sont capables de faire!



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