Docteur Pierre NAHON
En ce qui concerne le Brésil, il faut reconnaître qu'un chirurgien comme le Dr Ivo Pitanguy (1965-2005), a su organiser sa couverture médiatique bien mieux que n'importe quel autre chirurgien au monde. Ce parce qu'au Brésil et aux États-Unis, la publicité est permise pour la chirurgie esthétique, même si elle est interdite depuis peu au Brésil. Le médecin suscité a parfaitement su profiter de l'utilisation de la publicité directe et du publireportage pour se faire connaître ainsi que le lieu où il exerçait son art. Pitanguy était certainement un bon chirurgien, mais son savoir-faire venait avant tout de sa capacité à se faire connaître dans le monde entier. En d'autres termes, je ne pense pas que la chirurgie brésilienne ait quoi que ce soit de meilleur que la chirurgie française.
II existe cependant une différence énorme entre les populations brésilienne - 12 mois de l'année au soleil ou presque ! - et française. Les femmes brésiliennes vivent la plupart du temps relativement dénudées, et la chirurgie esthétique est véritablement admise dans le pays, sans aucun complexe. On peut avoir recours à tout âge à n'importe quelle intervention chirurgicale, sans aucune modération psychologique quelconque. On se fait ainsi opérer des seins, des fesses ou de d'autres régions du corps exposées en permanence, pour ressembler au modèle brésilien de la femme parfaite.
C'est bien une question de culture et non de techniques. Vivre quasi nu dans une société où le culte de la beauté est particulièrement développé et admis sans restriction par la majorité, favorise bien évidemment un recours plus fréquent à la chirurgie esthétique. Il convient aussi de noter que le prix des interventions est bien moins élevé qu'en Europe, et que les critères de beauté y sont différents. La femme petits seins/grosses fesses est là-bas une valeur sûre...
Aux États-Unis, les chirurgiens, malgré des contraintes plus importantes en ce qui concerne I l'assurance en responsabilité médicale et les procès, I sont d'une certaine manière, plus audacieux que les I chirurgiens européens. Ils sont poussés dans cette I audace par une demande là aussi différente de la part I de la population américaine. Aux États-Unis, lorsqu'on I fait quelque chose, d'une manière générale, il faut que I cela se voie ! Que vos voisins, vos amis, et le plus de I monde possible sachent que vous n'avez pas honte, I mais qu'au contraire vous êtes fier d'avoir pu réaliser I un de vos rêves. Ici, on construit de belles maisons, de I grands immeubles, on roule dans de grosses voitures, 1 et on arbore de gros seins et des liftings très tendus. Quitte à faire une intervention de chirurgie esthétique, autant que tout le monde sache qu'on a eu les I moyens de la payer ! Qu'elle passe inaperçue serait considéré comme un échec, et son résultat, d'une I certaine manière, doit aboutir à quelque chose qui se rapproche de la « perfection ». La poupée Barbie n'est pas un mythe ! Elle ressemble effectivement à l'idéal de la femme américaine, et il est classique que les interventions de chirurgie esthétique collent à l'image de cette poupée, au demeurant, plutôt agréable à regarder... pour une poupée !
On peut néanmoins discuter sur le choix de ces modèles, et sur la finalité de la chirurgie esthétique. Si en Europe, et tout particulièrement en France, on est plus tenté de faire une chirurgie esthétique modérée, dont les résultats se doivent d'être les plus naturels possibles, et donc indécelables, c'est là aussi une question de choix. En fonction donc de la culture de chaque pays et du mode de vie local, les applications, les choix et les modèles de la chirurgie esthétique ne seront pas les mêmes. Cela ne signifie pas que les chirurgiens de ces trois pays sont meilleurs ou moins bons. Ils exercent seulement en fonction de leur mentalité, de leur éducation et de leurs contraintes sociales.
Le propos est d'ailleurs à élargir, lorsqu'on constate l'explosion de la chirurgie esthétique dans des sociétés qui, jusqu'alors, n'y avaient pas recours. Dans les pays musulmans, où beaucoup de femmes sont voilées, la chirurgie esthétique est devenue une référence, et les patientes n'hésitent pas à se faire opérer régulièrement du nez, des seins, de l'abdomen. Elles ne s'exposent pourtant pas au regard de leur entourage ; elles consomment la chirurgie esthétique pour elles-mêmes. Les Chinoises, aussi, ont connu une période d'engouement certain pour l'allongement des membres inférieurs, par des techniques chirurgicales extrêmement agressives. De pseudo-chirurgiens chinois ont ainsi mutilé de nombreuses jeunes femmes qui pensaient que grâce à 10 cm supplémentaires, elles auraient accès au succès et à la promotion sociale. Les Japonaises, elles, veulent des paupières européennes, des grands nez et de la poitrine. Enfin, combien d'Africaines! souhaitent ressembler au modèle européen, en abandonnant leurs caractéristiques ethniques de couleur, de chevelure, de nez et de lèvres !