Docteur Pierre NAHON
La chirurgie des organes génitaux masculins est sûrement l'une de ces opérations. Certains hommes considèrent qu'ils ont un pénis dont la taille est insuffisante. Lorsqu'on fait une étude auprès d'eux, on se rend compte que leurs mensurations sont strictement normales. En réalité, leur souhait est probablement d'en augmenter la taille pour des raisons qui, en général, n'appartiennent qu'à eux. Elles entraînent souvent un réel complexe, et la nécessité incontestable de venir à bout de ce mal-être.
Pour un chirurgien, il ne s'agit pas de dire au patient qu'il n'y a pas de justification à sa demande, mais que les solutions qu'on lui propose ne sont pas en mesure de régler son problème. Elles sont en outre susceptibles d'entraîner de véritables dysfonctionnements fonctionnels (impuissance), alors qu'il ne souffrait, auparavant, que de troubles psychologiques.
Les deux interventions proposées en termes de chirurgie des organes génitaux sont d'une part, l'injection de graisse pour augmenter le diamètre du pénis, et d'autre part la section du ligament suspenseur de la verge, supposé en augmenter la longueur « au repos ». Ces techniques sont fort contestables, car la graisse injectée sous la peau du pénis se résorbe en grande quantité, et crée, à certains endroits, des nodules fibreux. La section du ligament suspenseur n'a d'autre effet, quant à elle, que de changer l'orientation du sexe, sans en augmenter véritablement la longueur.
La quasi-totalité des chirurgiens plasticiens, mais aussi des chirurgiens urologues considèrent que ces interventions sont inefficaces et dangereuses. Leur exploitation est indigne de spécialistes sérieux. N'y a-t-il pas, même, une certaine perversion à les réaliser ? Contentons-nous de constater que ceux qui réalisent principalement ces interventions sont des femmes, des homosexuels avérés, ou plus fréquemment refoulés, avec un besoin particulier de manipuler le sexe des hommes. On retombe sur le pourquoi du choix de cette pratique, qui ne se fait pas par hasard, et surtout pas pour un motif chirurgical proprement dit. À l'inverse, la chirurgie des organes génitaux féminins est véritablement de la chirurgie plastique esthétique. Elle s'adresse, comme le reste de la discipline, à des femmes souffrant d'un complexe lié à des anomalies anatomiques bien connues, qu'on peut corriger chirurgicalement.
Deux interventions sont couramment réalisées : les corrections chirurgicales des anomalies des lèvres, et la réduction de la taille du vagin. Ces techniques sont efficaces, corrigent définitivement le problème, et suppriment le complexe. L'hypertrophie* des petites lèvres vulvaires est une déformation assez courante ;
Elle provoque un problème intime extrêmement dur à supporter pour les femmes atteintes. On peut l'assimiler à une question d'identité, la femme n'étant pas habituée à cette excroissance sexuelle, laquelle n'est pas sans rappeler la configuration masculine. La réduction de ces petites lèvres, faite dans les règles de l'art esthétique, transforme la physionomie vulvaire.
En dehors des interventions particulièrement douteuses sur le sexe de l'homme, il existe quantités de techniques de chirurgie esthétique qui n'apportent pas, elles non plus, de résultats satisfaisants. Les techniques d'endoscopie, pour limiter soi-disant les incisions* réalisées dans les liftings, sont des moyens commerciaux pour convaincre les patients qu'on opérera sans incisions, donc sans cicatrices. Le principe du lifting est de réadapter la peau du visage en enlevant l'excédent apparu au fil des années. L'utilisation d'un tube pour s'introduire sous la peau afin de réaliser des points de traction ne règle rien. D'une part ces points, un jour ou l'autre, se résorbent, mais surtout, l'excédent cutané reste toujours en place. Dans le meilleur des cas, on obtient une amélioration minime et passagère de l'aspect du visage.
De nombreuses propositions de liftings médians sont supposées remonter les pommettes en les accrochant au crâne par différents moyens de suspension, et en limitant les incisions. Ces pratiques n'ont pas fait la preuve de leur efficacité ou de leur innocuité. En réalité, chacun cherche à instaurer une nouveauté, à trouver un petit plus qui fera croire aux patients que l'intervention miracle a été découverte, et qu'elle réglera tous les problèmes. Il s'agit le plus souvent d'astuces pour faire parler de soi, en laissant croire qu'on a découvert la panacée universelle.
Il se trouve cependant que le code de déontologie médicale interdit aux médecins d'expérimenter ou de divulguer des techniques tant qu'elles n'ont pas été approuvées par la communauté scientifique. Or en chirurgie esthétique, et encore plus en médecine esthétique, ces principes sont loin d'être respectés. On assiste alors de manière répétitive à des publicités diverses pour des méthodes ou des produits qui n'ont, la plupart du temps, rien de nouveau, ne corrigent pas les problèmes posés, et ne sont proposés que dans un but commercial
Il faut être extrêmement méfiant sur l'ensemble de ces « dites nouveautés », présentées dans les journaux ou les émissions de télévision (fils d'or, fils de suspension, appareils censés faire fondre les graisses). La chirurgie esthétique n'est plus une science particulièrement nouvelle, et les grands principes des interventions chirurgicales sont aujourd'hui parfaitement connus et évalués. Quelques régions ne peuvent pas encore être traitées de manière totalement satisfaisante (par exemple la distension cutanée au niveau des cuisses). Certaines interventions donnent de moins bons résultats que d'autres, et si on doit y avoir recours faute de meilleures solutions, c'est après une mise en garde claire sur leurs limites.