Docteur Pierre NAHON
Prenons pour exemple les implants mammaires ; si on étudie la forme d'un sein non opéré, on constate que les quadrants supérieurs du sein ne sont pas bombés. Le galbe d'un sein normal se trouve dans les quadrants inférieurs, les quadrants supérieurs décrivant une faible incurvation qui projette le mamelon légèrement vers le haut. Si les femmes veulent obtenir ce qu'on appelle un décolleté pigeonnant, elles doivent mettre un soutien-gorge qui comprime la partie inférieure pour déplacer l'ensemble de la glande vers le haut. Aussi, la mise en place de prothèses* mammaires ne doit pas créer ce bombé de manière permanente. Pourtant, la majorité des mises en place de prothèses mammaires aboutissent à ce développement anormal des quadrants supérieurs, visible lorsque la femme est nue, signant alors l'intervention. La forme des seins ainsi opérés est l'inverse du sein naturel. Si on veut obtenir un résultat d'implants mammaires invisibles, il faut, lorsqu'on les place, obtenir un résultat parfaitement identique à la forme d'un sein non-opéré.
Il faut donc d'une part bien opérer, et d'autre part avoir la notion, mais aussi la détermination nécessaire pour toujours rechercher ce résultat naturel. Reproduire l'identité physiologique du corps humain est plus difficile à obtenir techniquement. Aussi, le temps de pose d'implants mammaires varie selon l'effet recherché, pour le même opérateur, entre 20 minutes et deux heures. Deux heures pour mettre des prothèses anatomiques cachées dans leurs portions supérieures par le muscle pectoral, en faisant une hémostase et des sutures parfaites, par une voie hémiaréolaire*. En 20 minutes, on introduira des prothèses rondes aveuglément, par une voie axillaire*, et on obtiendra presque à coup sûr, des seins trop bombés dans les quadrants supérieurs, trop écartés, avec des suites douloureuses et des hématomes. Dans les deux cas, on parlera d'augmentation mammaire, mais les deux interventions qui, au final, donneront plus de volume dans le soutien-gorge de la patiente, n'auront pas du tout le même effet visuel lorsqu'elle sera nue.
Ce raisonnement s'applique à toute la chirurgie esthétique. Autre exemple, la réduction mammaire, intervention majeure car extrêmement bénéfique, nous l'avons vu, pour des patientes dotées de seins disproportionnés. Dans certaines mains, les seins seront effectivement réduits, mais ils seront asymétriques*, avec une drôle de forme et des cicatrices majeures en T inversés. Par contre, la même intervention dans les mains d'un chirurgien soucieux d'obtenir un résultat naturel, aboutira à des seins parfaitement symétriques, jolis, naturels, avec des cicatrices en J parfaitement dissimulables sous le sein, sans qu'elles empiètent sur la peau thoracique. Les deux interventions réduisent le volume des seins, mais si une réduction grossière se contente de débarrasser la patiente de la lourdeur de sa poitrine, elle lui laissera toujours un complexe si ce résultat n'est pas joli.
En matière de rhinoplastie, nous sommes nombreux à penser qu'on repère aisément les nez refaits. Là encore, si une rhinoplastie* est détectable, surtout par un profane, c'est que le résultat est médiocre, et donc que le patient a été mal opéré. Il n'y a pas plus miraculeux qu'une rhinoplastie bien faite. C'est l'intervention de chirurgie esthétique par excellence, certainement l'une des plus difficiles, mais la plus belle ! Bien réalisée, elle règle définitivement un problème, sans traces. Elle demande un travail extrêmement précis, il se fait sans laisser de cicatrices et dure toute la vie. Il est nécessaire pour cela de connaître parfaitement toutes les structures du nez, et d'avoir une vraie compétence chirurgicale, doublée d'un sens esthétique développé. Il faut surtout aimer réaliser cette opération. Bien effectuée, c'est presque la seule à cumuler les avantages sans les inconvénients. Quelle joie de voir un visage transformé par un joli nez, sans stigmate chirurgical !
La lipoaspiration* est aussi une intervention extrêmement satisfaisante, quand elle est faite pour une bonne indication. La suppression d'une culotte de cheval* isolée chez une jeune patiente, sans aucune cicatrice apparente, règle ici encore le problème de manière définitive, et procure un grand bonheur.
Les autres opérations de chirurgie esthétique induisent une séquelle cicatricielle. L'art consiste alors, en plus de l'intervention elle-même, à dissimuler ces cicatrices pour les rendre les moins visibles possible.
Mais ce n'est pas tant les cicatrices qui signent une intervention, car elles sont le plus souvent indétectables. C'est plus l'incompétence ou l'excès. Sur un lifting par exemple, les cicatrices, quasi invisibles, n'empêcheront pas que l'excès de tension saute aux yeux. Idem pour les paupières, zones de cicatrisation parfaitement favorables, alors que la déformation de la fente palpébrale et du regard, erreur chirurgicale, prouvent l'intervention. De même, les implants de cheveux en touffes espacées sont immédiatement repérables, alors que les greffes à l'unité sont invisibles. Il convient de bien comprendre que la chirurgie esthétique soucieuse de donner le résultat le plus anatomo-physiologique aboutira à une intervention indécelable. Les techniques existent aujourd'hui pour obtenir à chaque fois ces résultats, mais leur mise en œuvre demande beaucoup de connaissances, d'expérience, de compétence et de temps.
Peut se poser alors un problème financier. La qualité se paie, et la majorité des patients ont conscience que la chirurgie esthétique est onéreuse. Souvent, ils chercheront et trouveront un praticien en fonction de leur budget. Ils comprennent bien la différence entre un hôtel 2 ou 5 étoiles, mais ont du mal à saisir que la qualité du résultat varie aussi... en fonction du prix !