Chirurgien
Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique

Docteur Pierre NAHON

LES GRANDES QUESTIONS : LES PATIENTS

Leurs profils

La clientèle d'un véritable chirurgien esthétique, habilité à intervenir sur toutes les parties du corps, est constituée de 80 % de femmes et de 20 % d'hommes. Ce pourcentage varie en fonction de son profil et de ses qualifications. Certains plasticiens se sont plus ou moins spécialisés dans les greffes de cheveux. Ils ont alors une clientèle masculine majoritaire. De la même manière, d'autres sont particulièrement actifs dans les milieux homosexuels, et là encore, la proportion d'hommes dans leur clientèle est naturellement plus élevée. Pour l'ensemble des plasticiens sans limitation ni orientation particulière, le ratio 80 % — 20 % se retrouve de manière assez régulière.

D'autre part, la chirurgie esthétique n'est plus réservée aux personnes âgées. Les interventions pour lutter contre le vieillissement ne représentent qu'un pan de l'activité des chirurgiens esthétiques. L'âge des patients pour ces demandes a aussi diminué. Alors qu'il y a 20 ans, le lifting cervico-facial* était souhaité par des patientes entre 60 et 65 ans, cette intervention est aujourd'hui réalisée de manière très fréquente à partir de 50 ans. Les techniques de lifting cervico-facial ont aussi beaucoup évolué. Dans les années quatre-vingt/quatre-vingt-dix, ils avaient pour but de remettre en tension la totalité de la peau du visage. On réalise aujourd'hui des liftings partiels des différents étages de la face. On fera ainsi un lifting des joues et du simple ovale du visage chez une femme de 45 ans qui, secondairement, pourra bénéficier d'un lifting du cou, voire du front si nécessaire, Les opérations destinées à corriger le vieillissement des paupières - à savoir l'ablation* de l'excès de peau I mais aussi des poches sous les yeux - se réalisent I indifféremment chez l'homme et la femme, souvent I autour de 40 ans.

La chirurgie du vieillissement s'effectue aussi aujourd'hui d'une manière un peu différente, car les patients ne souhaitent pas que ces interventions soient décelables. Ils préfèrent donc avoir recours à-une chirurgie avant que la chute cutanée soit trop-importante. Ils pensent que se faire faire un lifting à 65 ans ne passera pas inaperçu, alors que s'il est réalisé à 50 ans, avant que les signes du vieillissement ne soient évidents, il sera beaucoup moins repérable. Il y a un autre avantage à avoir recours à la chirurgie du vieillissement autour de 50 ans. En se faisant opérer à cet âge, le patient évite, en quelque sorte, de se voir vieillir et de le constater jour après jour, dans son miroir. En effet, à l'examen clinique du visage d'un individu à cette période de sa vie, I l'excédent cutané est palpable. En pinçant la peau des joues, si on effectue une traction, on la soulève et I on la retend facilement. Pourtant, cet excédent n'est pas encore réellement visible. Il n'est pas évident comme à 60 ans, où il crée la perte de l'ovale du | visage, la bajoue et la chute du cou. Ces déformations s'installent entre 50 et 60 ans, se constituent le plus souvent progressivement, mais aussi quelquefois de manière brutale, après une épreuve douloureuse de la vie. Deux attitudes diffèrent finalement, selon les individus. Certains ne veulent pas se voir vieillir et préviennent la « dégringolade », d'autres attendent le moment où ils ne supportent plus leur état.

Techniquement pourtant, il n'y a pas de différence à faire un lifting chez un patient de 50 ou 65 ans. Les gestes sont les mêmes, le résultat aussi, sauf qu'il sera plus spectaculaire chez la personne de 65 ans, surtout sur les photographies pré et post-opératoires. Le lifting remet la peau du visage en normo-tension. C'est dire que quels que soient l'âge et l'excédent cutané, le chirurgien doit en supprimer l'exacte quantité, de manière à réadapter, de manière précise, l'enveloppe cutanée aux structures du visage. À 65 ans, il enlèvera tout simplement plus de peau qu'à 50. C'est la même chose pour la chirurgie des paupières, où l'excédant cutané augmente avec le temps.

Les interventions contre le vieillissement ont légèrement augmenté chez les hommes. Nombre d'entre eux ne sont plus tout à fait satisfaits de la tolérance que la société leur accorde en la matière, et utilisent de plus en plus la chirurgie esthétique pour afficher un visage plus jeune. Ils le font essentiellement pour continuer à travailler de la même manière à partir d'un certain âge, et pour pouvoir souvent aussi séduire des femmes jeunes. En effet, de nombreux sexagénaires, dotés d'un corps bien conservé, sont gênés par un visage sans rapport avec leur allure athlétique. Ces hommes demandent alors à la chirurgie de corriger cette discordance.

Tout le reste de la chirurgie esthétique s'adresse, le plus souvent, à des gens jeunes : rhinoplasties*, otoplasties, lipoaspirations*, poses d'implants mammaires, réductions mammaires, plastics abdominales. La correction des oreilles décollées se fait chez l'enfant dès 7-8 ans. La modification de la forme et de la taille du nez est possible après la puberté, tout comme la réduction de l'hypertrophie* mammaire.

La pose d'implants mammaires et la lipoaspiration, aussi, sont techniquement possibles après la puberté, mais pour ces deux opérations, il convient d'être plus prudent. En effet, une rhinoplastie ou une réduction mammaire peuvent présenter des indications incontestables. Lorsque vous êtes face à une jeune fille dont la poitrine de 100 ou 110 bonnets D ou E, paraît complètement discordante avec le reste de son corps, l'indication est effectivement incontestable. Il n'y a là aucun motif de refuser l'intervention : la situation ne fera que s'aggraver dans le temps, et seule la main du chirurgien rectifiera cette anomalie. Il en va de même pour une hypertrophie nasale manifeste, qui gâche l'harmonie d'un visage. La justification de l'opération est incontestable, car les jeunes personnes venues consulter expriment, la plupart du temps, une souffrance en rapport avec le défaut anatomique.

En ce qui concerne l'augmentation mammaire par pose d'implants et la lipoaspiration, les indications doivent être plus mesurées chez les patients jeunes. La demande sera recevable chez une jeune fille au thorax complètement plat, avec absence totale de glande mammaire, alors qu'elle doit être tempérée chez une jeune personne dotée d'une poitrine petite, harmonieuse et jolie. Il n'y a jamais d'interventions anodines, la mise en place d'un implant mammaire aura un effet tout au long de la vie de la future femme. L'implant n'étant qu'un matériau, il évoluera, avec le temps, vers l'usure ou le durcissement. Il faudra probablement le changer, d'où une ou plusieurs interventions surnuméraires, surtout s'il a été posé à l'âge de 18 ans. La lipoaspiration est souvent, elle aussi, demandée par les jeunes femmes. Elle a des indications évidentes pour une jeune fille sans surpoids, avec, la plupart du temps, ce qu'on appelle une configuration méditerranéenne. Il existe alors une discordance manifeste entre le haut et le bas du corps, car au cours de la puberté, une surcharge graisseuse localisée essentiellement aux cuisses s'est mise en place. Là encore, chez ces patientes, l'indication opératoire est incontestable, à condition qu'elles n'aient pas de kilos en trop. L'intervention doit même être faite au plus tôt, afin d'enlever le plus de graisse possible au niveau des cuisses, pour utiliser les capacités d'élasticité et de tonicité cutanée maximales, car cette surcharge graisseuse entraînera, avec le temps, une distension cutanée.

Il faut bien différencier cette demande de celle de jeunes filles qui, quelquefois avant mais surtout après leur puberté, ont accumulé un surpoids diffus, en plus de surcharges localisées créant des dysharmonies. Même s'il y a parfois une indication chirurgicale pour celles-ci, il faut, avant d'intervenir, que la patiente revienne à un poids normal.

Enfin, sortent complètement du cadre de l'indication chirurgicale les patientes en surcharge pondérale diffuse, sans dysharmonies surajoutées au niveau des cuisses ou des hanches. La lipoaspiration n'étant, en aucun cas, une technique d'amaigrissement, il ne faut absolument pas les opérer. La seule solution reste la perte de poids par changement de régime alimentaire. Dans tous les cas, chez ces patientes, il convient de faire comprendre qu'après leur intervention, elles doivent conserver le poids le plus stable possible.

Le meilleur traitement préventif à l'ensemble des disgrâces physiques dues à la surcharge pondérale est, à ce titre, de garder, si possible, le même poids tout au long de sa vie. Il faut rappeler aux patientes que même lorsqu'elles sont enceintes, elles ne sont pas autorisées à prendre 25 ou 40 kg ! Le corps de très peu d'entre elles résistera à cette surcharge au niveau des seins, du ventre, des cuisses, des bras et des fesses.

Il faut enfin avoir conscience que le marché de la chirurgie esthétique a changé. Cette évolution ne s'est pas faite par hasard, car encore une fois, la chirurgie esthétique rapporte de l'argent à qui sait la vendre. Sur un plan strictement marketing, on a cherché à élargir la cible. Une fois que les femmes étaient convaincues, beaucoup ont pensé que les hommes et les jeunes seraient de bons clients potentiels. Il n'y a pas de raison, effectivement, que les hommes ou les jeunes se privent de chirurgie esthétique... mais il n'y a pas non plus de raison de leur faire croire qu'elle est un moyen incontournable pour leur bien-être.

On a tenté en réalité de faire valoir des théories sur la consommation de chirurgie esthétique dès le plus jeune âge, comme on en a développé sur la minceur, pour coller immédiatement et facilement aux canons de la beauté en vigueur. Il apparaît cependant extrêmement malsain de faire penser aux jeunes gens encore en pleine adolescence que seule leur apparence physique leur ouvrira les portes de la réussite. Si, bien entendu, ces techniques sont une aide salvatrice pour beaucoup d'entre eux, en leur enlevant un défaut qui les empêche de communiquer correctement avec leur entourage, elles seront un leurre pour qui n'en a pas véritablement besoin. On ne vend pas à ces adolescents, souvent globalement insatisfaits de leur apparence physique, une opération de chirurgie esthétique comme le dernier survêtement à la mode.



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